Accueil Boucau (64340) L'Adour : histoire, géographie et détournement


Histoire et géographie

Résumé : ce document est en grande partie issu de la bibliothèque de l'ARPE (Association Régionale pour la Protection de l'Environnement) qui se situe rue de Tivoli à Toulouse. Il décrit les caractéristiques principales de l'Adour et plus poétiquement, son environnement, sa flore et sa faune.

Fiche d'identité
Fleuve se jetant dans l'Atlantique ; longueur 335 km, bassin 17 020 km2, débit 360 m3/s, altitude de 1931 à 0 m ; type montagnard ; navigable sur 75 km (pas d'écluse) ; canoë-kayak sur 276 km ; pêche intéressante ; tendance à la pollution en aval de Tarbes et à partir de Riscle, pollution plus grave du confluent de la Midouze à Dax et de Bayonne à la mer ; baptise dix communes. Arrose Bagnères-de-Bigorre, Tarbes, Maubourguet, Aire-sur-l'Adour, Grenade-sur-l'Adour, Saint-Sever, Dax, Bayonne et Boucau.

Un mot ligure signifiant la source a donné son nom à l'Adour, ou plutôt aux Adours : le fleuve est formé, en amont de Bagnères-de-Bigorre, de la réunion de l'Adour de Payolle et de l'Adour de Gripp, rejoints par l'Adour de Lesponne, trois torrents de montagne profondément enfoncés dans les Pyrénées. Ils ont des vallées étroites, à fond plat, saupoudrées de constructions qui ne parviennent pas à s'organiser en véritables villages.

source : http://rebiere.balloide-photo.com/
 

L'embouchure de l'Adour ne passe pas inaperçue. Canalisées par deux digues - celle du Nord s'avance d'un kilomètre dans la mer - les eaux du fleuve viennent buter contre la houle de l'océan dans une lutte plus de quatre fois séculaire. La puissance de cette rencontre produit un remous écumant, la « barre de l'Adour », dont la violence varie avec la hauteur de la marée, le débit du fleuve et la force du vent. Quand tous les trois sont à leur paroxysme, le phénomène, démesuré et inquiétant, retarde l'entrée et la sortie des navires. Par mer grise, sous un ciel chargé, le spectacle est encore plus beau.

Comme le fleuve jaune, mais en moins cataclysmique, l'Adour a été contraint de déplacer son embouchure par la volonté des dunes, remontant plus ou moins loin de Bayonne.
Au début de notre ère, il se jetait dans l'Océan à Capbreton, quinze kilomètres plus au nord, en 910 il monte jusqu'à Port-d'Albret, à trente kilomètres ; en 1164, il perce la dune, face à Bayonne, pour peu de temps : Capbreton est élu de nouveau dix ans plus tard, et Port-d'Albret en 1390. Bayonne, ensablée, périclite ; Charles IX ordonne alors de creuser une tranchée dans la dune, face à la ville, qui entend redevenir port de mer. L'opération est réalisée par les habitants sous Henri III ; Louis de Foix, architecte de l'Escurial, la dirige.

Le 28 octobre 1578, l'Adour, aidé par une crue de la Nive, se précipite dans la brèche façonnée par les hommes, au droit d'une ville nouvelle, Boucau-Neuf, qui signifie « nouvelle bouche ». Port-d'Albret devient Vieux-Boucau. Bayonne est revigorée. Il ne reste plus qu'à maintenir la brèche ouverte contre vents, sables et marées. On s'y emploie toujours. Capbreton et Vieux-Boucau ne disent pas merci aux Bayonnais.

Grâce à un arrosage généreux - plus d'un mètre d'eau par an sur les quatre cinquièmes des pays qu'il draine, plus d'un mètre vingt sur les Pyrénées - l'Adour est en tête de tous les fleuves côtiers par son débit (360 m3/s contre 140 à la Charente), comme il l'est déjà par l'étendue de son bassin (17 020 km2 contre 10 882 à la Vilaine). Il le doit surtout aux gaves réunis qui lui apportent, au confluent, beaucoup plus d'eau qu'il n'en a lui même. Les plus hautes marées se font sentir jusqu'à Dax, à soixante kilomètres de l'embouchure.

Au sortir des Pyrénées, l'Adour trace un sillon, vite accompagné d'un ruban boisé de saules et d'aulnes, au coeur de la longue plaine de Bigorre ; sa largeur oscille entre une quinzaine et une cinquantaine de mètres. Le courant est assez rapide jusqu'à Maubourguet pour que les truites l'emportent sur le poisson blanc ; il y a aussi quelques anguilles.

Qui connaît Lafitole, butte de molasse isolée, léchée par le fleuve, dont le château - disparu - était nommé « lanterne de Bigorre » ? Ce belvédère, haut de cinquante mètres, ne porte plus que quelques maisons et une église quelconque, mais le panorama sur les brumes du matin ou les couleurs tranchées des champs et des bois n'a que de lointaines limites ; le fleuve s'y devine en larmes argentées dans une gangue verte.

Passé de la Bigorre à l'Armagnac, l'Adour freine son cours, calcule ses premiers méandres véritables, forme des îles et des bras morts, les « noues ». Les rives ne sont plus tout à fait sûres. Mais il y a encore des passages plus rapides sur des « radiers » où les eaux se frottent aux cailloux dans un bruit continu de crécelle. Les poissons se multiplient en quantité et en nombre d'espèces. Les brochets n'arrivent pas à venir à bout des populations d'ablettes et de vairons ; gardons, carpes, barbeaux pullulent. Les truites finissent par renoncer. Sur les coteaux, la vigne est plus insistante.

On dit parfois que Bigourdans et Armagnacs auraient adopté le nom de « Val d'Adour » pour désigner cette vallée opulente. On peut en douter. Les solides ruraux qui peuplent les villages ancrés dans ce val utilisent toujours le nom de « Rivière » pour désigner leur terroir. Cinq communes sont ainsi baptisées. Le val est un rêve, la rivière une réalité.

A Aire-sur-l'Adour, le fleuve entre dans le département des Landes ; il est large, profond, dessine des contours plus amples et plus repliés, mais jamais son intérêt piscicole ne faiblit, et les « gros », tels la carpe, la brème et le mulet, appelé « muge », défieront les pêcheurs jusqu'au bout. Le fouillis des bois sur les rives s'accroît encore, tandis que villages et maisons s'éloignent des terrains saturés d'eau, les « barthes », qui occupent le fond de la vallée, plus ou moins bien protégées par des digues à l'approche de la mer.

Partout, l'Adour a l'âme généreuse. Les terres qu'il traverse, dans des paysages plantureux, ont la fécondité qu'apportent le soleil et l'eau. Sa vallée est celle de toutes les nourritures terrestres. Le maïs, plus ancien et plus beau ici qu'ailleurs, côtoie des prairies, des jardins, des vergers. Les oies comme les canards, gavés de grains dorés, apportent des promesses de foie gras.

La vigne est présente de Tarbes à Urt ; de Belloc à Larrivière, elle invente de somptueux crus de terroir : Madiran, Pacherenc-du-Vicbilh, Côtes-de-Saint-Mont, tandis que la traversée du Gers coïncide avec celle de l'Armagnac, qui distille dans ses alambics de cuivre une eau-de-vie de « premier jet », plus fréquemment qu'une eau-de-vie « à repasse », distillée deux fois, comme le cognac. Ici, contre toute attente, le bas Armagnac a plus de réputation que le haut, et s'écrit avec orgueil sur les étiquettes.

Tout au long de son cours, l'Adour est ainsi une provocation permanente à mépriser les régimes diététiques et les mises en garde sur les « abus dangereux ». Mais le remède est à côté du mal, dans les eaux de Bagnères-de-Bigorre, au pied de la montagne, et de Dax, où vient mourir la marée.

L'Adour ressemble à l'amour : passionné, généreux, toujours tentateur... et quelque peu médecin.
 

Le détournement de l'Adour

Résumé : Extrait de « Eau et Industrie » n° 35 de Mai 1979 récupéré à l'agence de l'eau Adour-Garonne de Toulouse. Il décrit en détail les tenants et les aboutissants du détournement de l'Adour à son embouchure.

Bayonne, un congrès à thème inédit
Les 28 et 29 octobre 1978, une centaine de scientifiques et d'accompagnants se réunissaient le plus sérieusement du monde à Bayonne en un congrès organisé par la ville de Bayonne et la Société des sciences, Lettres et Arts de cette cité, à propos d'un thème tout à fait inédit : le IVe centenaire du détournement de l'Adour...

Ceux qui connaissent la célèbre et très sonore chanson gasconne « Si la Garonne avait voulu, lanturlu ! » (si elle avait voulu à Toulouse ne pas se détourner vers Bordeaux !) pouvaient penser un instant à un canular de même calibre concernant l'Adour. Mais pas du tout : le thème était sérieux et très valable, car il fut constaté que des intéressés arrivèrent de tous les coins de France et aussi de l'étranger pour commémorer l'événement en question qui s'était déroulé à Bayonne quatre siècles auparavant, le 25 octobre 1578 très exactement.

Le succès de participation à ce congrès dépassa d'ailleurs toutes les prévisions, au point qu'il fallut répartir les travaux en trois commissions pendant les deux journées avec au programme une telle surabondance de communications que le temps de parole dut être limité à quinze minutes par conférencier ! Des projections et montages audiovisuels furent présentés et une excursion commenté compléta le tout de Bayonne à Bayonne par le Boucau, Capbreton, Hossegor, Boucau-Vieux et Port d'Albret.

Une somme considérable de documentation fut rassemblée concernant ce thème à la fois historique et scientifique dont nous avons extrait bien entendu les principaux éléments de ce récit. On peut dire que très solennel fut l'hommage rendu en la circonstance, d'une part au fleuve Adour, d'autre part à un personnage voué tout à coup à une célébrité posthume inattendue : l'ingénieur Louis de Foix qui sous Henri III réussit l'exploit de « voler l'Adour » aux gens de Boucau-Vieux, Port d'Albret et Capbreton pour la faire se jeter au plus court dans l'Atlantique par un détournement à la hauteur de Bayonne, une telle réalisation supprimant la trentaine de kilomètres de sa fin de parcours de l'époque.

Le fleuve Adour
L'écolier français qui a tant soit peu appris « sa géographie » sait que son pays possède en propre quatre grands fleuves : la Loire (1 010 km), le Rhône (812 km), la Seine (776 km) et la Garonne (647 km). Viennent ensuite plus ignorés, la Charente (355 km) et l'Adour (cours actuel 335 km). Mais entre ces derniers, c'est l'Adour qui eut la faveur - peut-être grâce à la consonance plus sonore - lorsqu'au moment de la loi sur l'Eau de 1964 on désigna le Sud-Ouest hydrographique Bassin Adour-Garonne.

Issue des Pyrénées dans la vallée de Campan, au pied du Tourmalet, l'Adour coule vers le Nord en dessinant un large demi-cercle, arrosant successivement Bagnères-de-Bigorre, Tarbes, Aire, Saint-Sever, Dax et enfin Bayonne. Elle récupère sur sa rive gauche tout le ruissellement du versant français des Pyrénées Occidentales par les deux Luy, les deux gaves - de Pau et d'Oloron - et la Nive, tandis que sur sa droite elle reçoit des eaux du Gers et des Landes par son affluent collecteur la Midouze. Son bassin versant est de 17 000 km2.

Les torrents de montagne provoquent lors de la fonte des neiges des crues subites, si bien que l'Adour connaît depuis toujours un régime assez sauvage, passant par des pointes de débit jusqu'à 1 500 m3/s et des étiages de 60 et même 30 m3 seulement. Ses crues sont redoutées. Elle est cependant navigable sur plus de la moitié de son parcours, mais son embouchure actuelle sur l'Atlantique, entre Anglet et Tarnos, est caractérisée par le phénomène très connu de la barre de l'Adour, qui rend difficile et souvent dangereux l'accès au port de Bayonne. Celui-ci serait un port de grande navigation sans un tel fâcheux obstacle naturel.

Les divagations de l'Adour à son embouchure
C'est cette embouchure, la bouche ou boucau de l'Adour, qui nous intéresse maintenant, et on a pu déterminer qu'aux périodes reculées l'Adour a porté d'une manière fantaisiste cette embouchure tantôt vers le Sud jusque vers la pointe de Biarritz, et surtout vers le Nord en direction du Bassin d'Arcachon.

A l'époque glaciaire, l'Adour était un fleuve puissant qui se jetait dans l'Atlantique à la hauteur de Capbreton, et sa force d'arrachement était telle qu'un profond sillon subsiste dans l'océan sous forme de gouffre marin : le Gouf de Capbreton, qui, à 35 km au large, atteint encore 1 000 à 1500 m de profondeur avant de se fondre dans la grande déclivité océanique à 50 km de la côte. Une particularité en découle : même en phase de grosse tempête, l'océan reste calme en surface au-dessus de ce Gouf, une vraie « mer d'huile » qui, pour les navigants, donne toujours un attrait particulier au mouillage à Capbreton.

Dans son étude des côtes de France à l'époque gallo-romaine (2e siècle de notre ère), E. DERANCOURT (1935) signale, à partir des cartes de PTOLÉMÉE, qu'à cette époque l'embouchure de l'Aturus se situait à 1 800 m à l'intérieur des terres actuelles, à 1 500 m environ au sud de Capbreton, presque en face du Gouf de Capbreton.

Selon les hypothèses de Ch. DUFFART (1897), l'Adour se jetait un peu plus tard dans l'océan (il y a de cela à peu près dix siècles) par plusieurs bras le principal à l'horizontale de Capbreton, les autres plus au Nord en partant de Dax, en passant par Magescq, la dépression de Soustons et le havre de Vieux-Boucau. On pouvait parler alors d'un véritable delta de l'Adour et les divers étangs subsistant encore sur les lieux en sont des témoins avec les lits qui les environnent, comportant des traces d'alluvions arrachés incontestablement aux roches pyrénéennes.

Au Moyen Age, l'embouchure unique se serait trouvée à la Pointe des Gahets ; ensuite, l'Adour se serait jetée au nord de Capbreton, en face des étangs de Hardy, et enfin, plus tard, l'embouchure aurait remonté jusqu'à Vieux-Boucau (Vieille Bouche), alors appelé Port-Labrit ou Le Plech.

Dans une telle région se sont éternellement entremêlées les forces des éléments naturels : l'agressivité des redoutables tempêtes du Golfe de Gascogne, la poussée irrésistible des débordements périodiques du fleuve en temps de crue et les mouvements imprévisibles des masses de sable. On estime que l'océan peut apporter 15 à 18 m3 de sable par an sur chaque mètre de littoral.

On pourrait épiloguer en prenant comme exemple l'actuel orifice marin du pittoresque Courant d'Huchet, qui déverse à l'océan les eaux du lac de Léon : une rivière de charme qui, à travers une végétation luxuriante insolite, serpente longtemps parallèlement à la côte. Sur la plage, entre la mer et le cours d'eau, le sable continue à s'amonceler sous l'action des vents d'ouest. Quand la dune littorale aura trop fortement grossi, une tempête violente sera capable de l'écrouler et de venir obstruer l'embouchure provisoire du cours d'eau, qui devra se chercher une issue ailleurs selon sa force.

L'Adour à Port d'Albret
On raconte que c'est un cataclysme qui a dévasté tout le Sud-Ouest au début du XIVe siècle (la date en a été perdue dans les mémoires : 1310 ou 1330 ?) qui, survenant au moment de la fonte des neiges, a gonflé en quelques heures tous les affluents pyrénéens de l'Adour et transformé le fleuve en une masse torrentielle irrésistible d'eaux boueuses. En même temps, la tempête déchaînée sur l'océan devant Capbreton accumulait sur la côte des masses de sable au point de former une barre face au Gouf, bloquant brusquement la sortie en cet endroit.

L'Adour se précipita alors vers le Nord sur une largeur de 400 m, arrachant tout sur son passage. traversant Ondres et le pays de Labenne, engloutissant les étangs voisins, absorbant le lac d'Hossegor, ravageant le territoire de Soustons pour trouver enfin au Plecq, l'issue qui lui permettait de se jeter dans l'océan.

Le calme revenu, un nouveau cours de l'Adour était né, long de 28 km au-delà du tournant de Bayonne et se terminant par une nouvelle embouchure : le Boucau de Marensin (Vieux-Boucau maintenant) et donc par un nouveau port à qui on donna le nom de Port d'Albret. Une sortie secondaire demeurait toutefois à Capbreton, mais rarement praticable pour les navires un peu importants.

Les Bayonnais qui furent sauvés de cette façon d'une inondation catastrophique se trouvaient d'un seul coup à une trentaine de kilomètres de l'embouchure de leur fleuve, avec sur le dos la concurrence imprévue de populations portuaires fort actives à Port d'Albret et à Capbreton, tout de suite prêtes bien entendu à profiter de cette nouvelle position pour les ruiner.

Nous sommes sous les Plantagenets, et l'on sait qu'Aliénor, fille du duc Guillaume d'Aquitaine, répudiée avec sa dot en 1152 par Louis de France (qui devint Louis VII), s'était remariée deux mois après avec Henri Plantagenet, qui, lui, devenait le Roi d'Angleterre Henri II. Pour la France capétienne, c'était une catastrophe politique qui allait nous valoir la future Guerre de Cent Ans, et en tout cas pour le Sud-Ouest, trois siècles pendant lesquels l'Aquitaine (la prononciation anglaise amena « la Guyenne ») fut une province anglaise très florissante.

Nos concitoyens du Sud-Ouest connurent sous la domination de ces Anglais une période de prospérité et entre autres la navigation était très développée sur l'Adour dans les deux sens, avec une batellerie fluviale appropriée de conception locale décrite par François BEAUDOIN. conservateur du Musée National de la Batellerie à Conflans-Sainte-Honorine. dans son livre « Les Bateaux de l'Adour » (Bayonne, Musée Basque, 1970). Des plateaux plats comme le coureau (qui remonte à l'époque des Wisigoths), le chaland, les grandes galupes de 24 m de longueur, et enfin la pinasse (parce que construite en pin) de 8 à 9 m de long.

Sur ce fleuve actif, le trafic est important : on importe « pébe et lane » des épices et de la laine, des pipes de cidre, du sel, du blé, des tonneaux de baleine, du minerai de fer, de la morue, des sardines. On exporte la résine, des « taoules » (planches de sapin), de la poix, du liège et naturellement les vins du Marensin qui sont au sommet de leur renommée, fort prisés des Anglais. Le trafic par mer s'effectue sur des galions.

Bayonne lutte pour redevenir un port
La région voit le passage des troupes anglaises du comte de Derby, un des vainqueurs de CRECY, de Henri de LANCASTRE, du PRINCE NOIR, qui, tour à tour, viennent guerroyer en France, tandis que des corsaires bayonnais prêtent main-forte à la marine anglaise. Mais localement s'est instituée une lutte d'influence sans pitié, et on en vient même aux mains entre Port d'Albret, Capbreton et Bayonne. Si Bayonne réussit à s'assurer des privilèges compensateurs sur le commerce maritime de ses deux petites cités rivales, la métropole bourgeoise souffre dans son activité traditionnelle et périclite.

Finalement, Messieurs les Anglais seront - boutés hors de France -, on le sait, sous Charles VII par l'armée royale de Jeanne d'Arc, qui, après l'épisode d'Orléans et le bûcher à Rouen, resta commandée par le célèbre DUNOIS. En 1451, les Français mettent le siège devant Bayonne, puis barrent l'entrée de l'Adour à Port d'Albret, et deux ans plus tard, à Castillon, sur la Dordogne, c'est la grande victoire terminale... On remarquera que pour une fois les Français qui avaient perdu bien des batailles avaient en fin de compte tout de même su gagner une guerre !

Le « détournement » par Louis de Foix en 1578
Devenus Français, les Bayonnais intriguent alors si fort auprès des rois successifs qu'ils vont être récompensés de leur ténacité, d'abord sous Louis XI, par un droit de taxe sur les marchandises entrant dans les ports voisins de Saint-Jean-de-Luz, Capbreton et Port d'Albret, puis sous Charles IX qui ordonne en 1562 de rechercher la solution pour donner au fleuve une embouchure à Bayonne. Et on peut commencer à creuser un chenal direct à la mer en partant de la proximité de la ville.

Le 8 février 1571, le roi désigne Maître Louis de FOIX pour diriger les travaux. On sait de cet architecte-ingénieur qu'il naquit à Paris et vécut longtemps en Espagne, faisant partie du corps de techniciens qui, sous les ordres d'architectes espagnols, construisirent pour Philippe II d'Espagne l'immense château royal de l'ESCURIAL, au nord de Madrid, dont la construction dura vingt-deux ans, de 1562 à 1584.

La dite construction était déjà bien avancée lorsque Charles IX débaucha son ingénieur français, lui ordonnant de se rendre sur les lieux à Bayonne. Il y dresse un devis très complet des travaux et obtient à Paris une provision de 30 000 livres-tournoi correspondant à son montant. On termine bientôt le creusement du chenal vers l'Atlantique à travers les dunes de sable et on construit un barrage et un nouveau havre à Trossoat, à trois kilomètres de Bayonne, à l'endroit où le fleuve se tournait alors à angle droit vers le Nord.

Ces travaux s'exécuteront sous le règne d'Henri III selon le plan prévoyant que... « La fermeture de la rivière aura une largeur de cent cinquante toises (une toise = 1,949 m). Il faudra faire une bonne charpenterie propre à supporter le fardeau de ladite rivière. Elle comprendra trois rangées d'arbres équarris, ferrés par le bout, qui seront enfoncés d'une toise en terre, ou davantage si le sol le permet. Soixante-quinze piliers par rangée, terminés par une queue d'aronde, pour y entrer le mâle aisément »...

Ce barrage provisoire de Trossoat sera remplacé rapidement par une solide muraille de pierre, pièce maîtresse du nouveau port de Bayonne. Des difficultés de tous genres surgirent, et Capbretonnais et Boucalais firent de leur côté l'impossible pour contrarier les travaux. C'est une violente tempête qui va tout régler : la Nive déferle en une crue subite, menace d'engloutir toute la ville de Bayonne, mais par une formidable chasse d'eau pousse l'Adour qui ouvre le nouveau passage. Cela se passait le 25 octobre 1578, et Louis de FOIX venait de réussir le « détournement » de l'Adour.

pierre du Trossoat

pierre commémorative du Trossoat
source www.ondres-landes.net

 

médaille commémorative du 400e anniversaire du détournement de l'Adour
 

On retrouvera l'ingénieur un peu plus tard dans la région, attachant son nom à la construction du très beau phare de Cordouan planté hardiment à 63 m de hauteur sur le rocher de même nom au large de l'estuaire de la Gironde, et dont l'édification traînera pendant vingt-six années, de 1584 à 1610...

Depuis : 400 ans de problèmes avec la « barre de l'Adour »
Mais le cadeau de Louis de FOIX aux Bayonnais en 1578 se révélera un peu empoisonné, Car à la nouvelle embouchure (le nouveau BOUCAU) il y a l'Atlantique... et il y a le sable ! Le fleuve dériva d'abord à l'intérieur de son nouvel estuaire : vers le sud de la côte d'Anglet, pour former près de la chambre d'Amour plusieurs passes sinueuses, et très vite il y eut formation d'un maudit banc de sable, véritable haut fond en plein travers de l'estuaire lui même : la « barre de l'Adour ».

De siècle en siècle pendant 400 ans, il fallut procéder à des endiguements de plus en plus rallongés, toujours pour chercher à resserrer le fleuve entre les deux rives en repoussant l'envahissement latéral des sables, le but étant de concentrer l'effet de chasse d'eau produit par le jusant. Mais chaque fois qu'on allonge les digues, la barre se recule d'autant, et elle est toujours là !

Il faut draguer la passe sans arrêt. On estime que 5 millions de mètres cubes d'eau de mer entrent par chaque marée de six heures, auxquels s'ajoutent au jusant les 17 millions de mètres cubes venus de l'amont. En moyenne, le débit est de 1 000 m3/s, trois fois celui de la Seine à Rouen. Sable et alluvions sont là en mouvement perpétuel incontrôlable.

Dragages et endiguements semblent bien être les malédictions qui poursuivent les Bayonnais, ainsi punis d'avoir voulu « détourner » l'Adour à leur profit (prétendront certains). Le meilleur estuaire n'eut-il pas été - ni au droit de Bayonne ni à Vieux-Boucau/Port d'Albret - mais à Capbreton ? en face de ce providentiel « Gouf de Capbreton » un sillon marin qui semble le tracé naturel le mieux accepté par l'Atlantique, et où il serait même plus facile (apparemment) de retenir les sables ?

Qui sait si un jour un autre Louis de FOIX ?...

Projet de dérivation de l'Adour de Bayonne à Capbreton
d'après Eugène RODOLPHE
source : www.ondres-landes.net


source : École Nationale Supérieure d'Electrotechnique, d'Electronique, d'Informatique, d'Hydraulique et des Télécommunications http://www.enseeiht.fr/
A lire « L'Homme qui vola le Fleuve » de Fernand LOT (Editions Aubéron), l'histoire romancée de Louis de Foix et du détournement de l'Adour.