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Les ancêtres de 95% des hommes européens : dix hommes
dépêche AFP du 9 novembre 2000

Washington, 9 nov (AFP) - Plus de 95% des hommes européens descendent de dix hommes arrivés dans la région il y a des dizaines de milliers d'années, indique une étude internationale à paraître vendredi dans la revue Science.
Plusieurs de ces hommes, selon les chercheurs, ont sans doute migré du Proche-Orient en Europe en plusieurs vagues au paléolithique, soit entre deux millions et 13 000 années avant notre ère.
Les autres, précisent-ils, seraient arrivés 7 000 à 3 000 ans avant Jésus-Christ, venant de la même région.
Les scientifiques sont arrivés à cette conclusion en comparant les informations génétiques des chromosomes Y de 1 007 hommes en Europe et au Moyen-Orient, précise le principal auteur de l'étude, le Pr. Ornella Semino, de l'université de Pavie (Italie).
Contrairement à ce qui se passe pour les autres chromosomes, les X et les Y n'échangent pas d'éléments entre eux pendant la formation des spermatozoïdes et des ovules, ce qui fait qu'ils restent purs d'une génération à l'autre. Il est alors possible, grâce à eux, de remonter l'arbre généalogique.
Les chercheurs ont concentré leur étude sur 22 marqueurs et ont découvert que presque tous les membres du groupe examiné pouvaient être rassemblés en dix catégories différentes.
L'équipe internationale appartient à des universités et des instituts d'Italie, des Etats-Unis, d'Ukraine, de Suède, de Grèce, de Russie, de Croatie et de Pologne.
 


Les dix « pères fondateurs » de l’Europe
Sciences et Avenir, novembre 2000

Plus de 95% des Européens vivant aujourd’hui sur le continent sont les descendants de dix ancêtres, selon les résultats d’une nouvelle étude génétique publiée dans la revue Science. Une équipe internationale de chercheurs a analysé les variations du chromosome Y, transmis de père en fils, chez plus d’un millier d’Européens. Ils ont pu ranger 95% de ces hommes dans dix groupes différents, correspondant à dix lignées. En remontant aux racines de cette généalogie, on aboutit aux ancêtres des Européens qui, selon les chercheurs, seraient venus de l’Est, il y a 25 000 à 40 000 ans. Deux de ces ancêtres paléolithiques auraient migré depuis l’Asie centrale il y a plus de 35 000 ans. Ils seraient à l’origine de la culture des Aurignaciens, qui ont développé l’art de la peinture rupestre. Près de la moitié des Européens actuels seraient leurs descendants. Une autre lignée viendrait d’ancêtres originaires du Moyen-Orient, arrivés en Europe il y a environ 25 000 ans. Il s’agirait du groupe des Gravettiens. Enfin, 20% des hommes européens seraient les héritiers d’un groupe de fermiers du néolithique qui ont quitté le Moyen-Orient pour s’installer sur le continent il y a 9 000 ans. Ces conclusions rejoignent globalement celles de précédentes études menées à partir de l’ADN mitochondrial, transmis uniquement par la mère. Les paléontologues restent cependant prudents face à ces résultats, qui ne peuvent être que des estimations.
 


Les dix pères de l’Europe
Philippe Gauthier,
Cybersciences, novembre 2000

Des analyses d’ADN révèlent que la population européenne moderne descend de dix lignées paternelles seulement. Et huit d’entre elles remontent à la nuit des temps, avant l’invention de l’agriculture.

Italie - 10/11/2000 - Plus de 95% de tous les hommes d’Europe descendent d’à peine dix lignées paternelles très anciennes. C’est du moins ce que conclut Ornella Semino, de l’Université de Pavie, en Italie, qui a analysé l’ADN du chromosome Y de plus de 1 000 hommes issus de 25 communautés différentes. Ses recherches confirment que la plupart des Européens descendent des chasseurs-cueilleurs qui se sont installés dans la région il y a 40 000 ans, l’apport de l’immigration néolithique étant resté fort modeste.
Le chromosome Y ne se transmet que de père en fils et ne se modifie que très peu d’une génération à l’autre. Il joue, dans l’étude génétique des populations, le même rôle que les mitochondries, qui ne se transmettent que par la mère. Les analyses effectuées par la généticienne italienne révèlent que 95% des hommes d’Europe se rattachent à l’une ou l’autre des dix lignées paternelles très anciennes qui dominent le paysage génétique du continent.
Mieux encore, huit de ces dix lignées se rattachent aux premiers habitants de l’Europe, des chasseurs-cueilleurs arrivés par petits groupes il y a de 25 000 à 40 000 ans. Seulement deux se rattachent à la seconde vague, celle arrivée du Moyen Orient peu après l’invention de l’agriculture, il y a 10 000 ans. On ne savait pas, jusqu’ici, lequel de ces deux groupes (fermiers ou chasseurs-cueilleurs) avait le plus contribué à peupler le continent. L’étude italienne tranche enfin ce vieux débat.
Le printemps dernier, une étude semblable, menée cette fois sur l’ADN mitochondrial, avait conclu que 99% de la population de l’Europe appartenait à un groupe de sept lignées maternelles. Cette étude estimait que ces « Ève européennes » s’étaient installées sur le continent il y a 45 000 ans environ. Ces résultats coïncident fort bien avec ceux des travaux d’Ornella Semino.
 


Sur la piste des Ève européennes
Rachel Fléaux
Sciences et Avenir N°650, avril 2001

Il vous fait « cracher » votre histoire ou plutôt votre préhistoire... Quelques cellules de votre joue, un filet de salive et le généticien britannique Bryan Sykes opère une vertigineuse plongée dans le temps, pulvérisant tous les records de la généalogie. Votre ADN (acide désoxyribonucléique) ainsi recueilli, c'est sur la trace de vos ancêtres Cro-Magnon qu'il vous emmène. Sur la piste de ces chasseurs-cueilleurs qui ont, il y a 50 000 ans, abordé en conquérants le Vieux Continent.

A près de 50 ans, le Pr Sykes, de l'Institut de médecine moléculaire d'Oxford (Royaume-Uni), est l'un des pionniers de la généalogie génétique. Son laboratoire, le premier à extraire de l'ADN d'os anciens dans les années 80, a mené l'expertise sur Ötzi, l'homme préhistorique sorti des glaces à la frontière italo-autrichienne. Il est aussi connu pour avoir enquêté sur les origines controversées des premiers peuples de Polynésie, comme sur les restes énigmatiques de la famille impériale russe.

C'est brillamment que ce généticien use de l'ADN, la molécule de la vie, comme d'une formidable machine à remonter le temps. La génétique des populations permet en effet d'escalader l'arbre généalogique humain. Ce qui fait dire joliment à Luca Cavalli-Sforza, de l'université de Stanford (Etats-Unis), une autre autorité en la matière, que « Adam et Eve sont aujourd'hui au jardin de l'ADN » (1)... L'ADN des mitochondries - transmis exclusivement par la mère - et le chromosome Y - légué de père en fils - permettent en effet de remonter l'un les lignées maternelles, l'autre les lignées paternelles. Et ce, jusqu'à pointer « La » femme ou « L »'homme qui sont nos ancêtres à tous. Dans les années 80, des généticiens ont ainsi désigné une Africaine, âgée d'environ 150 000 ans, comme la mère de l'humanité moderne et donc de tous les Homo sapiens sapiens. Vingt ans plus tard, Bryan Sykes a approfondi l'investigation. C'est sur les filles de cette « Eve africaine » qu'il a décidé de lever le voile... concentrant sa recherche sur celles d'entre elles qui, venues d'Afrique, ont un jour fondé la vieille Europe (2).

Voyage sous acide désoxyribonucléique

Tout commence il y a quatre ans. Bryan Sykes déniche dans le Somerset, au sud-ouest de l'Angleterre, un parent vivant de l'homme de Cheddar, une célébrité fossile d'outre-Manche dont il est parvenu à extraire de l'ADN. A 9000 ans de distance, et à une lettre près, les deux hommes ont exactement le même ADN !

Avec ce résultat, le généticien d'Oxford confirme une première intuition. « Les Britanniques d'aujourd'hui - et pourquoi pas tous les Européens - descendent majoritairement des tout premiers hommes préhistoriques arrivés sur le continent : les chasseurs-cueilleurs Cro-Magnon », imagine-t-il, non sans audace. Seul le préhistorien Marcel Otte, de l'université de Liège (Belgique), défend cette idée. Pour la majorité des archéologues, nos ancêtres directs seraient plutôt des agriculteurs, venus tardivement du Moyen-Orient pour domestiquer peu à peu une nature rebelle.

Selon le modèle de Bryan Sykes, les peuples de cultivateurs et d'éleveurs ne se sont pas massivement déployés à travers les steppes européennes. C'est plutôt leur savoir-faire, leurs techniques agricoles qui ont gagné, jusque dans les recoins les plus inhospitaliers, les communautés déjà installées. A l'ère de l'Internet, où les idées circulent plus vite que les personnes, cela semble évident. Mais quid de la préhistoire ?

Ruminant son hypothèse, Bryan Sykes s'est employé à la démontrer à grande échelle. Il a collecté puis analysé l'ADN des mitochondries (ADNmt) de quelque 6000 Européens contemporains, de la France à la Russie et de Norvège en Italie. C'est ainsi qu'il a découvert l'existence de sept souches différentes, soit sept « clans », dont les signatures génétiques revenaient obstinément parmi les échantillons. Conclusion du chercheur : 99 % de la population européenne descendrait d'une poignée de femmes, soit sept « Eve européennes ». Six d'entre elles vivaient à l'âge des cavernes, à la fin du paléolithique, entre 50 000 et 10 000 ans av. J.-C. Une seule à l'âge de la domestication des blés et des chèvres, le néolithique, entre 9000 et 3000 ans av. J.-C.

Ce « tableau » préhistorique ressemble fort à celui qu'a brossé récemment une autre équipe, internationale celle-là, dans la revue américaine Science (3). Cette fois, les chercheurs se sont intéressés au chromosome Y et à ses mutations à travers les âges. Pour constater que le gros du bataillon des ancêtres mâles de l'Europe - huit sur dix - était bel et bien des chasseurs-cueilleurs et non pas des agriculteurs.

Ursula, Xénia, Tara et les autres

Les sept « mères fondatrices » de l'Europe ont reçu chacune un prénom et une histoire. Ursula, la doyenne des Cro-Magnon, affiche 45 000 ans d'âge. Xénia vient du Caucase et sème ses petits jusqu'en Amérique. Tara conquiert l'Irlande. Héléna la Pyrénéenne, la plus prolifique de toutes, répand ses gènes avec un succès foudroyant à travers toute l'Europe. Katrine, la pêcheuse, voit les siens quitter les rives accueillantes de la Méditerranée pour gagner la mer du Nord. Velda et son clan se lancent à la conquête des terres inhospitalières de l'Europe du Grand Nord. Jasmine enfin, la cadette venue du Proche-Orient, il y a huit mille ans, ferme la marche, apportant l'agriculture avec elle.

On se prend à rêver lorsqu'on lit, sous la plume des généticiens d'Oxford, la description de ces héroïnes de l'âge des cavernes. Morceaux choisis : « Ursula était longiligne et gracieuse » ; « Xenia se gardait du loup » ; « Katrine se nourrissait des crabes et des poissons du lagon », ou encore : « Pendant que les autres enduraient les rigueurs de l'Europe de l'âge des glaces, Jasmine jouissait de la douceur de la savane syrienne ». L'ADN permet-il réellement une telle précision, une telle inquisition ? Force est de reconnaître à Bryan Sykes un certain talent de conteur... doublé d'assez bonnes connaissances en archéologie et paléogéographie. C'est auprès d'archéologues tel Colin Renfrew, de l'université de Cambridge (Royaume-Uni), ou de préhistoriens comme Marcel Otte qu'il a puisé ses informations... de quoi replacer chacune de ses créatures préhistoriques dans un contexte environnemental et culturel plutôt convaincant. Rien de tout cela n'est en effet inscrit dans les gènes.

Ce que le chercheur y a découvert, ce sont sept séquences différentes et très fréquentes au sein du patrimoine génétique européen. Et lorsqu'il dépeint chacune des « Eve des mitochondries européennes », il désigne chaque fois la première porteuse de l'un de ces sept bagages génétiques particuliers aux Européens. Pour évaluer l'âge des ses « héroïnes », il s'est ensuite servi de l'horloge moléculaire. « Comme tous les gènes, l'ADN des mitochondries est en effet affecté par des mutations. Pour dater l'apparition de nos Eve mitochondriales européennes, nous avons donc évalué le rythme moyen auquel les mutations observées sont intervenues, soit grosso modo une mutation tous les 10 000 ans », explique-t-il. La suite est un simple calcul : on additionne le nombre de mutations qui se sont accumulées dans chaque clan et on les divise par le taux de mutations. « Ursula serait ainsi la plus âgée parce que son clan est celui qui a accumulé le plus de mutations », précise le généticien.

Pour les localiser dans l'espace, Bryan Sykes s'est ensuite intéressé à la distribution géographique actuelle des différents marqueurs génétiques. Elle permet de retracer les voies de migrations des populations au cours de la préhistoire : schématiquement, une mutation génétique est ainsi particulièrement abondante dans la région où elle est apparue, puis de moins en moins le long des axes de déplacements. C'est ainsi que l'on voit Tara cheminer des côtes italiennes, son berceau, jusqu'en Irlande.

Un dix-millionième de notre patrimoine

Tout cela est terriblement séduisant. Pourtant, Bryan Sykes n'a décrypté que 400 paires de bases sur les 16500 que comprend l'ADN des mitochondries. Et cet ADNmt, s'il permet de remonter notre lignée maternelle, ne représente lui-même qu'une petite partie de notre génome. « 400 paires de bases sur les 3 milliards du génome, c'est seulement un dix-millionième de notre patrimoine », souligne ainsi Evelyne Heyer, du Laboratoire d'anthropologie biologique du musée de l'Homme (Paris). Un travail comme celui de Bryan Sykes ne rendra évidemment jamais compte de la diversité des gènes que nous héritons de multiples parents. « Pour un dix-millionième de votre génome, vous pouvez avoir, par voie maternelle, une ascendance qui vient plutôt de tel ou tel pays d'Europe. Mais si l'on regarde une autre portion du génome, il est certain que l'on trouvera une autre ascendance ». Autrement dit, si votre ADNmt vous vient bien de votre lignée maternelle, votre chevelure poil de carotte peut parfaitement provenir d'un grand-oncle d'Ouzbékistan.

Qu'importe, une Ursula, une Tara... c'est bien plus sexy qu'un haplotype ou une famille de mutations ! Ce n'est pas la science qui est spectaculaire dans l'affaire, mais plutôt son retentissement dans notre imaginaire. Bryan Sykes avait pu le mesurer lorsqu'il avait sorti de l'anonymat un professeur d'histoire du Somerset pour en faire « Le » descendant de l'homme de Cheddar. L'information avait fait le tour du monde et provoqué un réel émoi parmi les Britanniques, qui trouvaient à la fois excitant et chocking cette parenté incongrue. Le généticien a donc saisi très vite l'intérêt commercial des « sept Eve européennes », et breveté sa découverte sous forme d'un test, le MatriLine Trade. Il offre aujourd'hui pour 120 livres (1150 F) de déterminer à laquelle de ces lignées vous appartenez. Dans la foulée, il a fondé, avec l'université d'Oxford, Oxford Ancestors, une entreprise mixte qui emploie six personnes, et se flatte d'avoir créé « la première organisation au monde à offrir un service fondé sur la génétique pour la généalogie ». S'il se refuse à divulguer son chiffre d'affaires, il avoue déjà plusieurs milliers de clients. Les tests qui permettent à chacun de retrouver ses origines maternelles préhistoriques sont encore chers, mais on se les arrache.

Pourtant, seule une publicité discrète vante les services d'Oxford Ancestors sur son site Internet (4). Encore faut-il en connaître l'adresse... que les internautes férus de généalogie ont eu tôt fait de s'échanger. Et la surprise peut être au bout du clic... Paul Cuni, un Italo-Américain du Connecticut, a ainsi connu, au début de cette année, un petit séisme familial. Cet étudiant de 23 ans avait patiemment retracé l'histoire de sa famille paternelle jusqu'à Bergame, en Italie, poursuivant ses recherches sur l'origine probablement germanique de son nom. Côté maternel, sa plus vieille ancêtre connue était une femme d'origine mexicaine vivant en Arizona dans les années 1820. Mais au-delà, les archives sont inexistantes. Pourquoi ne pas avoir recours à l'ADN ? Paul Cuni se bâtit alors un château en Espagne : le clan maternel ne porte-t-il pas le nom basque d'Yrigoyen ? Sans compter que beaucoup de Mexicains ont du sang mêlé à celui des conquistadors venus d'Europe... Il commande donc le test, gratte quelques cellules de ses joues à l'aide d'une petite brosse, et envoie le tout de l'autre côté de l'Atlantique. Un mois plus tard, le verdict lui fait entrevoir de tout autres horizons.

« L'analyse de mon ADN mitochondrial a révélé qu'il était plutôt semblable à celui que l'on retrouve au Nigeria et en Côte d'Ivoire, explique-t-il. La surprise passée, je me suis plongé dans de nouvelles recherches. Pour découvrir que Mexico, tout comme les Etats-Unis, importait un grand nombre d'esclaves en provenance de cette partie de l'Afrique. Je suppose donc que l'une des ancêtres de ma mère était une esclave africaine qui vivait il y a 500 ans ».

Le jeune homme s'est ensuite empressé de commander une seconde analyse, portant cette fois sur son chromosome Y et ses lignées paternelles, à une autre compagnie de généalogie génétique, américaine cette fois. Mordu, le jeune Paul ? Son engouement annonce peut-être une révolution dans les cercles de généalogie. Le Britannique Alain Savin, spécialiste de renom, et auteur de l'ADN au service des historiens des familles, prédit ainsi « un brillant avenir à la généalogie génétique... dès lors que les expertises deviendront plus abordables ».

Bryan Sykes a parfaitement flairé le marché, qu'il souhaite aujourd'hui élargir. Sa base de données compte désormais 14000 séquences d'ADNmt et il travaille dur pour préciser l'identité des 33 filles d'Eve mondiales qu'il aurait identifiées au total. Il espère ainsi être bientôt en mesure de fournir ses prestations non plus aux seuls Européens et à leurs descendants, mais à des clients du monde entier. Il a également lancé d'autres produits : un test pour remonter les lignées paternelles, Y-Line, et My Map, un service de cartographie des noms de famille pour le moment limité à l'Angleterre.

Mais il n'est plus seul dans la course... Plusieurs généticiens de renom se sont lancés à sa suite dans l'aventure, bâtissant d'énormes banques de données. Plus fort, selon Alain Savin, qui conseille les généticiens de l'University College de Londres, « certaines compagnies travaillent déjà à mettre au point des tests hyper-pratiques : ils pourront se glisser dans une poche et tout un chacun effectuera soi-même une manipulation réservée jusqu'alors aux laboratoires. D'autres s'apprêtent à lancer sur le marché des tests à 10 dollars ». Chacun pourra alors imiter notre historien des familles : Au lieu de dire simplement que je descends des Savin de l'Oxfordshire, j'ajoute désormais « dont l'haplotype mâle est 2, 3, 15, 12, 11, 13, 14 ». So british !

(1) Il Sole-24 ore, 19 /11/2000, traduit dans Le Monde des débats, n° 21, janvier 2001.
(2) « The Molecular Genetic of European Ancestry », Proceedings of the Royal Society, vol. 354, 1999.
(3) Vol. 290, 10 novembre 2000.
(4) www.ramsdale.org/oxford.htm

 


Yves Coppens l'Asiatique, Miss France espagnole et lapone...
   par Vilem BISCHOF
dépêche
AFP du 31 mai 2001

PARIS, 31 mars (AFP) - Le paléontologue français Yves Coppens est d'origine asiatique, Miss France 2001 descend d'une vieille population d'Espagne partie fonder dans les contrées scandinaves le peuple lapon, tandis que le député vert Noël Mamère est un lointain cousin de l'homme des glaces alpin Ötzi.
   Telle est du moins le verdict de Bryan Sykes, l'un des pionniers de la « généalogie génétique » du laboratoire de médecine moléculaire de l'Université d'Oxford, concernant l'origine de quelques nom célèbres français, présenté par le numéro d'avril de « Science et avenir ».
   En se basant sur l'analyse de l'ADN mitochondrial (ADNmt, partie du patrimoine génétique transmis par la mère) de nombreux individus de toutes origines mais étonnamment proches d'un point de vue génétique, Bryan Sykes estime être parvenu notamment à identifier sept Européennes âgées de 8.000 à 45.000 ans.
   La doyenne, baptisée Ursula, âgée 45.000 ans, est la première des Cro-Magnon, dont le clan s'est répandu dans toute l'Europe, Xénia (25.000 ans) est la pionnière du Causase, Héléna (20.000 ans), Tara (17.000 ans), l'ancêtre des Celtes, Velda (17.000 ans), la dernière Grande d'Espagne, Katrine (10.000 ans), la madone des lagons du côté de l'actuelle Venise, et Jasmine, la Benjamine de 8.000 ans, la maîtresse des blés.
   Il affirme ainsi avoir trouvé en la personne d'un professeur d'histoire du Muséum national d'histoire naturelle de Londres, Adrian Targett, un arrière-arrière-petit fils de l'homme de Cheddar, vieux de 9.000 ans et exhumé en 1903 dans une grotte à proximité du village du même nom, dans le comté de Somerset, tous les deux descendant de la doyenne des Cro-Magnons, Ursula.

Ulrike l'Asiatique, Velda l'Ibère.

   En revanche, Yves Coppens, professeur au Collège de France et co-découvreur de l'australopithèque Lucy, qui aurait évidemment adoré avoir lui aussi pour « mère génétique » la première des Cro-Magnon, est le représentant du clan lointain d'Ulrike l'Asiatique, née, comme Xénia, du côté des montagnes du Caucase.
   Elodie Gossuin, élue Miss France 2001, est apparentée à Velda qui, bien qu'issue de la péninsule ibérique, a donné naissance à une lignée retrouvée en Angleterre puis en Scandinavie, où elle a contribué à fonder le peuple sami (ou lapon).
   Ironie de l'histoire, l'écologiste et cible favorite des amateurs de gibier Noël Mamère est parent du célèbre Ötzi, ou « Hibernatus », l'un des derniers grands chasseurs préhistorique dont la dépouille gelée, vieille de 5.000 ans, a été trouvée dans un glacier alpin situé à la frontière austro-italienne. L'un comme l'autre ont pour grand-mère Katrine, la pêcheuse des lagunes vénitiennes
d'autrefois.
   Il reste que, dans la communauté scientifique, cette interprétation des gènes ne fait pas l'unanimité. Le préhistorien et archéologue belge Marcel Otte, de l'Université de Liège, déplore le « mépris » des généticiens pour les sciences humaines, dont ils s'inspirent pourtant largement pour décrire les activités de nos lointains ancêtres et, surtout, leur incapacité à s'accorder sur le rythme de l'horloge moléculaire. « La généalogie génétique n'est pas une science exacte ! », s'exclame-t-il.
   Enfin, directement concerné, Yves Coppens « ne voit pas très bien » à quel courant culturel sa grand-mère Ulrike pouvait appartenir. « Mais, ajoute-t-il, il est intéressant que d'autres chercheurs viennent mettre leur nez dans nos affaires d'archéologues en utilisant des technologies nouvelles que nous ne maîtrisons pas. A l'allure à laquelle les généticiens avancent, nous avons tout intérêt à nouer un dialogue fécond avec eux ».
   vbf/fjb/dlm
AFP 310928  MAR 01
 


Le projet Genographic
www.nationalgeographic.com/genographic

Lancement d'un ambitieux projet sur la radiation génétique de l'Homme
par Charles HOSKINSON
dépêche AFP du 13 avril 2005

WASHINGTON, 13 avr 2005 (AFP) - Plus de 100.000 personnes du monde entier vont être soumises à un prélèvement de l'ADN afin de préciser les radiations génétiques de l'Homme au gré des déplacements humains à travers les âges, ont annoncé mercredi les auteurs de ce vaste projet scientifique international organisé sur cinq ans.
La National Geographic de Washington et le groupe informatique IBM ont indiqué dans une conférence de presse qu'ils allaient coopérer sur ce projet destiné à retrouver les liens génétiques entre les différentes populations humaines et d'en tracer la carte, au risque de susciter l'opposition des associations anti-racistes et de défense des droits de l'Homme.
L'équipe de scientifiques internationaux, venus de 10 pays, va rassembler et analyser des échantillons génétiques de centaines de milliers de personnes d'origines ethniques variées pour préciser les itinéraires migratoires utilisés par les premiers hommes depuis leur terre originelle, l'Afrique, a indiqué la National Geographic Society dans un communiqué. « Nous sommes tous intéressés par nos racines, mais ce projet va beaucoup plus loin », a déclaré le président de la national Geographic Society, John Farey.
« C'est un pas de géant pour l'anthropologie », a déclaré le directeur de projet Spencer Wells. « Notre ADN transporte une histoire qui est partagée par tout le monde. Au cours des cinq prochaines années, nous allons décrypter cette histoire, qui risque d'être perdue car les peuples migrent et se mélangent à une vitesse bien supérieure à ce qu'ils faisaient dans le passé », a-t-il ajouté.
Via des informations sur les divergences entre populations, devrait être, en outre, créée une base de données ouverte à tous sur la génétique humaine, souligne le communiqué.
Anthropologues et systématiciens disposent de fait de très peu d'informations pour confirmer des témoignages sur d'anciennes migrations ou pour appréhender pleinement les origines ethniques, a estimé M. Wells.
« Nous avons une vague idée, nous pouvons spéculer, nous n'avons pas les échantillons nécessaires pour tirer des conclusions », a-t-il dit avant d'« inviter le monde entier à participer ».
Les chercheurs impliqués dans le Human Genome Project ont achevé en 2003 une carte préliminaire du génome humain et tentent depuis de cartographier les origines génétiques humaines. Ces questions sont délicates, estiment les analystes, car elles opposent depuis des décennies scientifiques darwiniens traditionnels, favorables à une telle cartographie prouvant selon eux que l'homme moderne est composé de populations génétiquement différentes, et philosophes, religieux et humanistes qui craignent de voir réapparaître la notion de « races » humaines, officiellement abandonnée par la science.
100.000 échantillons dans les communautés indigènes à travers le monde sont nécessaires. Ils sont « la clé du succès du projet », a martelé M. Wells. « Il y a urgence à réaliser ce travail », a de son côté relevé Ted Waitt, un millionnaire qui finance le travail sur le terrain.
La société vend des kits d'échantillons d'ADN pour 99,95 dollars sur son site internet (
www.nationalgeographic.com/genographic) afin que les personnes puissent elles-mêmes effectuer le test ADN, par la salive. Le test est ensuite renvoyé par la poste.
M. Fahey a indiqué que 1.200 kits avaient déjà été vendus, et qu'un million de tests serait un bon chiffre pour une évaluation optimale. Les informations collectées pourraient, par exemple, préciser les origines des tribus amérindiennes ou confirmer que les armées d'Alexandre Le Grand ont laissé des traces génétiques à travers toute l'Asie.

ceh-jr/aje
AFP 132218 ììì AVR 05
 


40 millions USD pour mieux comprendre l'épopée migratoire de l'humanité
dépêche
AFP du 4 mai 2005

PARIS, 4 mai 2005 (AFP) - Un budget de 40 millions de dollars va être consacré à l'ambitieuse étude anthropologique que doit mener sur cinq ans la National Geographic Society, conjointement avec IBM, a indiqué mercredi à Paris devant la presse Spencer Wells, le directeur du projet Genographic.
L'ambition de ce projet, lancé le mois dernier à Washington, est d'analyser, en laboratoire et par ordinateur, des échantillons d'ADN prélevés auprès de populations autochtones (10.000 personnes dans dix régions géographiques du monde), afin de reconstituer l'histoire des migrations humaines et le peuplement de la planète.
« C'est un projet d'envergure mondiale, dépourvu d'objectifs médicaux, qui vise à dresser la carte de l'espèce humaine et décrypter l'histoire commune à tous les êtres humains », une histoire que « nous risquons de ne jamais connaître en raison de plus fortes migrations et d'un plus important brassage des populations que par le passé », a souligné Spencer Wells.
« Pour la première fois, nous aurons un outil standardisé d'analyse et d'interprétation, le même protocole partout, pour affiner ce que nous savons déjà sur les routes de migrations au départ du continent africain qui ont conduit au peuplement de l'Europe, de l'Asie et finalement de l'Amérique », a déclaré de son côté Luis Quintina-Mura, généticien au CNRS-Institut Pasteur, chargé du projet pour la région Europe.
« e projet va aussi combler certaines de nos lacunes, et nous donner une histoire génétique de l'Homme contemporain, qui c'est vrai n'aura de valeur que combinée avec les autres disciplines (Histoire, linguistique, anthropologie) », a-t-il ajouté.
Le projet prévoit aussi de créer la plus importante bases de données sur la génétique humaine, qui sera une ressource précieuse pour les chercheurs.
Le grand public pourra participer au projet en achetant un kit de prélèvement d'ADN et en autorisant l'enregistrement des résultats dans la base de données.
Renseignements sur
www.nationalgeographic.com

ac/pc/DS
AFP 041836 ((( MAI 05

 


Ardi, notre plus vieille grand-mère
par Gilbert Charles, L'Express.fr du 2 octobre 2009

La découverte d'un primate fossile bouscule le scénario de l'évolution de l'homme.

Darwin, qui avait scandalisé son époque en affirmant que l'homme descendait du singe, a toujours désespéré de ne pas avoir trouvé « le chainon manquant », l'ancêtre commun aux primates et aux hominidés. Il y a trente ans, la découverte de la célèbre Lucy a laissé croire qu'il s'agissait bien de notre aïeule la plus lointaine. Mais une grand-mère encore plus vieille (d'un million d'années) vient de faire son apparition sur la scène mondiale: elle s'appelle Ardipithecus ramidus, ou Ardi, pour les intimes. On a retrouvé en Ethiopie son squelette, âgé de 4,4 millions d'années, et un aréopage international de scientifiques vient de publier dans la revue Science une analyse complète de ses os et de son environnement. Il s'agit désormais du plus ancien fossile d'hominidé connu. Une découverte qui bouscule certaines idées reçues sur nos origines.

Ardi présente en effet un étrange mélange de traits primitifs de primates, et de caractères « dérivés » spécifiques aux hominidés, que l'on pensait être apparus un million d'années plus tard. Ses dents et son crâne sont différents de ceux de Lucy et des singes modernes: les canines supérieures ressemblent plus à celles des humains modernes qu'à celles du chimpanzé. Dotée d'un pouce opposable aux pieds, elle grimpait aux arbres, mais elle était aussi capable de marcher debout. Et pourtant, elle vivait dans un environnement forestier,  ce qui contredit la théorie en vigueur voulant que la bipédie soit apparue chez des singes ayant quitté la forêt pour s'installer dans des plaines. En fait, tout laisse supposer que l'ancêtre commun, encore plus vieux que Ardi, qui reste encore à trouver, était un quadrupède arboricole.

Les scientifiques ont également constaté que les males et les femelles de l'espèce d'Ardi avaient une taille similaire, ce qui indique que les conflits entre les deux sexes étaient moins violents que chez les autres primates comme les chimpanzés et les gorilles. Les paléontologues considèrent qu'il s'agit d'une particularité caractéristique de l'évolution vers l'humanité, qu'ils définissent par l'émergence de trois comportements: la capacité à porter la nourriture, des liens sociaux élaborés entre males et femelles, et chez ces dernières, l'absence de signes d'ovulation...

Image de synthèse du squelette d'Ardi.
REUTERS/Science/AAAS/Handout
Image de synthèse du squelette d'Ardi
 


L’homme qui ne descendait pas d’Adam
par Pierre Barthélémy, Passeur de Sciences du 10 mars 2013

Il s'appelait Albert Perry. Décédé il y a quelques années, c'était un Afro-Américain vivant en Caroline du Sud, lointain descendant d'esclaves que la traite négrière avait amenés d'Afrique de l'ouest dans le Nouveau Monde. On n'en saura guère plus sur lui, si ce n'est, comme le rapporte le New Scientistqu'un jour, une de ses parentes envoya un échantillon contenant son ADN à une entreprise proposant d'en extraire des informations sur ses origines. Ces tests de généalogie génétique sont réalisés à partir d'ADN mitochondrial, qui est transmis par la mère à ses enfants et retrace la lignée maternelle (la mère, la grand-mère maternelle, la mère de celle-ci, etc.), ou bien – et seulement pour les mâles – à partir du chromosome Y. Celui-ci donnera des informations sur la lignée paternelle (le père, le grand-père paternel, son père, etc.).

Lorsque l'échantillon d'Albert Perry atterrit dans le laboratoire chargé d'effectuer cette analyse, un problème inédit apparut : la séquence génétique portée par son chromosome Y ne ressemblait à rien de connu. Pour le dire autrement, on peut faire remonter tous les chromosomes Y des hommes de la Terre au plus récent ancêtre masculin commun, un homme qui vivait en Afrique il y a environ 140 000 ans. Ce dernier est surnommé l'« Adam génétique » en référence au premier homme de l'Ancien Testament (il y a aussi une Eve mitochondriale). Mais le chromosome Y d'Albert Perry ne descendait pas de cet Adam-là.

Cette surprenante exception a poussé une équipe internationale à approfondir les recherches sur ce chromosome Y si particulier et les résultats de ce travail viennent d'être publiés dans l'American Journal of Human Genetics (AJHG). Puisque, de toute évidence, l'Adam génétique d'il y a 140 000 ans n'était plus le bon, tout l'arbre phylogénétique du chromosome Y humain, qui retrace sa généalogie dans le monde entier, était à reconstruire. En comparant entre elles les variations génétiques de différents groupes ethniques, en les comparant aussi avec celles de notre proche cousin le chimpanzé et en estimant la vitesse à laquelle ces mutations apparaissent, ces chercheurs ont pu remonter dans le temps et greffer l'arbre généalogique précédemment en vigueur sur un tronc plus ancien d'où partait la branche qui a porté le chromosome Y d'Albert Perry.

Et l'arbre a pris un bon coup de vieux. Selon leurs calculs, le nouvel Adam génétique, l'ancêtre dont sont issus le chromosome Y de tous les hommes actuels et le chromosome Y d'Albert Perry, vivait toujours en Afrique, mais il y a près de 340 000 ans. Comme l'a déclaré au New Scientist Jon Wilkins, du Ronin Institute dans le New Jersey, qui n'a pas pris part à cette étude, depuis que l'on fait de la génétique on a « regardé les chromosomes Y. Déplacer à ce point la racine de l'arbre du chromosome Y est extrêmement surprenant. »

Mais en plus de constituer une surprise, ce bouleversement pose un gros problème de date, tout simplement parce que, il y a 340 000 ans, l'homme moderne n'était pas encore né ! D'après les données fossiles, son apparition date d'il y a environ 200 000 ans. Comment Albert Perry, qui était sans nul doute un Homo sapiens, a-t-il pu se retrouver porteur d'un chromosome Y datant d'un Homo "archaïque" alors que tous ses congénères disposaient d'une version plus récente ? Casse-tête ? Pas vraiment si l'on considère que le scénario de l'évolution de l'homme est non pas linéaire mais semblable à un buisson dont les branches se séparent... puis se recroisent. Une hypothèse probable est que, il y a plusieurs milliers d'années, le groupe ethnique d'Homo sapiens dont Albert Perry est descendu s'est mélangé avec un groupe d'humains "archaïques". Ces derniers ont aujourd'hui disparu mais ils ont, lors de cet échange de gamètes, réinjecté dans la population d'hommes modernes un chromosome Y qui n'y était plus présent sous cette forme. Un chromosome qui s'est ensuite transmis de père en fils pendant des générations et des générations, jusqu'à Albert Perry... et à quelques autres.

En explorant des bases de données génétiques, les auteurs de l'étude ont fini par mettre la main sur les Mbo, un peuple africain vivant dans le sud-ouest du Cameroun, dans la région du Littoral. Dans cette base de données se trouvaient 11 hommes Mbo (sur 174 enregistrés) dont le chromosome Y présentait des caractéristiques analogues à celles du chromosome Y d'Albert Perry – lequel était probablement leur lointain cousin. Les chercheurs notent que les Mbo vivent à moins de 800 kilomètres du site préhistorique nigérian d'Iwo Eleru, où des paléoanthropologues ont établi qu'Homo sapiens a cohabité et s'est reproduit avec les descendants d'une lignée plus ancienne. Pour ces généticiens, une découverte comme celle du chromosome Y d'Albert Perry souligne à quel point les bases de données sont lacunaires : « Il est probable, écrivent-ils, qu'une bien meilleure compréhension de la phylogénie du chromosome Y, et des variations génétiques en général, serait obtenue si des relevés plus denses et plus réguliers étaient effectués dans toute l'Afrique subsaharienne, étant donné son haut niveau de diversité génétique. »
 


Les mariages consanguins sont risqués pour les descendants
par Martine Pérez, Le Figaro du 6 septembre 2013

La première étude menée sur cette problématique confirme que l'union entre cousins germains multipli par deux le risque de malformation des enfants.

Avant de se marier entre cousins, faut-il consulter un généticien? Quel est le risque d'avoir des enfants souffrant de malformations ou de maladies génétiques? En France, le nombre de mariages consanguins est faible (moins de 5 % des unions), mais cette pratique est développée dans certaines communautés.

Une étude publiée il y a quelques semaines dans la revue britannique The Lancetapporte des informations sur le risque lié à ces mariages entre cousins. Certes, les conséquences de ces hyménées sont connues depuis longtemps, mais c'est la première fois qu'une évaluation aussi rigoureuse en est faite.

Cette enquête s'est penchée entre 2007 et 2010, sur 11.300 nouveau-nés, dans une ville multiethnique, Bradford, située dans l'ouest de l'Angleterre et qui comprend notamment une forte communauté pakistanaise. Au sein de celle-ci, le pourcentage de mariages consanguins est très important. Parmi ces 11.300 enfants, 386 présentaient des anomalies congénitales. L'analyse a permis d'observer que le risque de malformations était plus important pour les bébés dont les parents étaient pakistanais que pour les autres. Mais surtout, ce travail a calculé que les enfants pakistanais dont les parents étaient cousins, avaient deux fois plus de risque que les autres de souffrir de telles anomalies. Les nouveau-nés de parents pakistanais non apparentés présentaient, eux, le même risque que les petits Britanniques.

Principal facteur de risques

Sur les 13.000 enfants de l'étude, 5100 étaient d'origine pakistanaise et pour 37 % d'entre eux les parents étaient cousins-cousines. «Le risque absolu d'anomalies congénitales est faible: il passe de 3 % quand les géniteurs ne sont pas apparentés à 6 % lorsque les parents sont cousins, tempèrent les auteurs de l'étude. Cela signifie que seulement une minorité de bébés nés de parents consanguins, souffrira d'une anomalie congénitale.»

«Cette étude est solide et apporte des données précises, même si tout le monde sait que la consanguinité augmente le risque de malformations, précise le Pr Stanislas Lyonnet (hôpital Necker, Paris). Ce travail montre aussi que le principal facteur de risque, c'est justement la consanguinité, et pas, comme on aurait pu le croire, le fait d'être déraciné ou les facteurs sociaux. Car dans cette enquête, les conditions socio-économiques n'apparaissent pas comme étant des facteurs de risque de malformations.»

Des maladies qui s'expriment si le gène est en double exemplaire

La consanguinité augmente le risque de malformations cardiaques, cérébrales, et d'autres maladies génétiques. Pourquoi le fait d'être cousin majore-t-il ce risque? Quelques explications sont nécessaires pour le comprendre. Chacune de nos cellules renferme 46 chromosomes répartis en 23 paires. Dans chaque paire, un chromosome vient du père et l'autre de la mère. Chacun possède donc tous les gènes en deux exemplaires, les uns d'origine paternelle, les autres maternelle.

Or de nombreuses maladies génétiques (comme la mucoviscidose, par exemple), liée à un gène défectueux, n'apparaissent que si le gène défectueux est présent en double exemplaire, dans la copie venant du père et dans celle de la mère. Ainsi, si le gène défectueux de la mucoviscidose est peu répandu dans la population générale, au sein d'une famille concernée, il est sans doute présent chez plusieurs de ses membres. Mais il ne s'exprimera pas tant qu'un individu n'aura pas les deux copies du gène. Dans le cadre d'un mariage entre deux cousins dans une famille concernée par ce gène défectueux, leurs enfants ont un risque nettement accru de recevoir ce gène muté en deux copies et donc d'être frappé par cette maladie. En clair, quand un gène responsable d'une maladie génétique existe dans une famille, le mariage entre cousins facilite l'éclosion de cette maladie.

Tests génétiques

Faut-il avoir l'avis d'un expert lorsque l'on décide de convoler avec son cousin germain? «Il vaut mieux le faire, affirme le Pr Arnold Munnich (hôpital Necker, Paris). Dans ce cas, il suffit d'interroger l'un des deux conjoints pour rechercher une maladie génétique familiale et pratiquer un test sanguin, pour vérifier l'absence du gène responsable de la mucoviscidose, de l'amyotrophie spinale ou de l'ataxie de Friedreich, les trois maladies génétiques les plus fréquentes.»

Cette démarche n'est cependant pas répandue. Les jeunes mariés, cousins issus de germains, consultent rarement des généticiens avant d'avoir des enfants, dans notre pays. «Bientôt, des tests génétiques capables d'identifier les gènes de 500 maladies génétiques en même temps seront sur le marché et simplifieront ce type de dépistage», estime le Pr Lyonnet.

L'histoire des rois d'Europe en général et en particulier de France offre une illustration du risque des mariages consanguins. Ainsi, Louis XIV, tout Roi-Soleil qu'il était, n'a pas eu de chance dans son union avec sa cousine, l'infante d'Espagne, Marie-Thérèse d'Autriche. Un seul sur les six enfants qu'a eus le couple a survécu. Les jeunes mariés étaient doubles cousins germains: le père de Louis était le frère de la mère de Marie-Thérèse et sa mère était la sœur du père de son épouse. En revanche, les onze enfants que le souverain a eus avec ses maîtresses, la duchesse de La Vallière et la marquise de Montespan, ont connu un sort moins tragique. Certes, personne ne connaît les causes du décès des rejetons royaux. Mais l'hypothèse du risque génétique lié à la consanguinité n'est pas à exclure.